Name: Anonymous 2012-10-09 17:34
Plus tard dans la nuit...
La cuisine est au sous sol, je descends. Je ne sais pas quelle heure il peut bien être exactement, peut être trois heure...ou quatre. Il fait sombre dans la maison, les fenêtres ouvertes ne laissent plus échapper le bruit de la musique et du dîner des voisins. Je me sens pâteux, presque malade. Le lit grattait partout mon corps et des cauchemars saccadés en rafales putrides remplissaient de liquide les plis de mon oreiller lymphatique. Un bourdonnement lancinant semblait asphyxier mes oreilles et retenir les bruissement de mon environnement dans une forme instable. Accablé d'un effort intense, je saisi la perche d'un instant de réalité pour me lever et atteindre avec faiblesse l'interrupteur de la chambre. Je dois être éveillé à présent bien qu'aucune indication sensorielle ne me l'assure. Je hume mon corps lourd, une odeur aigre de transpiration, la moiteur des murs sur mes mains en avant. Les escaliers crissent, il fait plus sombre encore. Je devine tout en bas le renfoncement qui mène à la cuisine. L'humidité se fait plus pénétrante. Un goût amer me rempli la gorge de salive. Est-ce la dernière marche? Je tâtonne. Sous mon pied je sens le carrelage froid et livide qui tranche avec la tiédeur de l'escalier en bois. J'ai l'impression qu'un temps immense s'est écoulé, tous les cauchemars ont repris place en mon esprit épuisé comme si je ne m'en étais jamais extirpé. La réalité semble évanouie. Plus profond que la conscience, rien d'un monde connu ne subsiste. Je pose le second pied sur le carrelage où ricoche la lune en linceul échouée par le puits de verre. Là, à quelques centimètres, se fige dans sa course folle vers la cave une immense araignée marron velours. Son corps est dense et cartilagineux. On peut distinguer un motif en forme de jarre sur son dos puissant. Ses pattes sont si épaisses qu'on les croirait presque animées par un squelette osseux. Je me stoppe pétrifié. Mes pieds nus ressentent le contact avec la bête. Je ne peux l'écraser en nature. Nos deux présences se télescopent dans cette pièce fraiche et trouble comme l'eau d'un étang. La forme cramponnées ne fait plus un mouvement. Elle enserre son existence tout entière en de puissants crochets. Je n'ose plus avancer. Un frisson, de dégoût vient me parcourir la colonne et se fige dans ma nuque. Elle peut prendre le dessus, elle le sait. La contourner devient un acte suicidaire. Tous les carreaux blancs sont infectés par sa présence malsaine. Le chemin vers le réfrigérateur est piégé. Je comprends en un instant qu'à ce moment de la nuit et du temps la pièce ne m'appartient plus. Elle est le théâtre de combats immondes entre rampants et volants, insectes sadiques et larves informes. Les étages de l'univers humains sont loin. La lymphe de mon oreiller a coulé par les fissures jusqu'au sous sol et vient m'emprisonner à nouveau les tempes. La bête est toujours là. Elle m'observe en mille facettes plus intensément que mes facultés ne le peuvent. Elle se délecte déjà de la faiblesse de mes pieds nus dont le souffle et les vibrations charnelles excitent sa soif de morsure. Dans un élan de folie ou de désespoir je me jette à l'abri d'un torchon posé sur une chaise comme une cachette dérisoire pour mes sens. Un mouvement de patte et elle peut faire exploser mon esprit. J'atteins haletant le frigo et l'ouvre en suppliant la lumière de m'éveiller. Je saisi une bouteille, prend une petite gorgée de thé glacé, qui s'évapore sou mon palais. Je reprends en suffoquant à moitié ma respiration, puis je souffle et inspire profondément de nouveau. Je jette un coup d'œil autour de moi. Une limace longue glisse par bulles obscènes sur le mur blanc au dessus de l'évier.
Lorsque je me retourne la grosse tâche sombre est partie. La voie est libre, mais il est trop tard. Une mousse vert de gris s'est développée au bord de mes lèvres et mes orteils se sont enracinés en jeunes pousses dans le carrelage submergé par une terre meuble. En tentant de retirer ma main, j'observe avec effroi qu'un champignon du frigo a digéré une petite tranche de jambon qui restait là pour établir son nid le long de mon bras. La bête se tient cabrée sur mon épaule et siffle calmement sa présence au creux de mon oreille. Elle fixe une grosse mouche tente de s'extirper des mes cheveux blanchis. D'un coup sec elle se jette sur sa proie et la saisi entre ses mandibules lui enfonçant en un instant son dard puissant comme un pieux dans la chair. Les deux insectes ne font plus qu'un dans une danse morbide et nerveuse. Les sucs expulsés par la bête gonflent le corps de la mouche et débordent de la scène comme pour m'y inviter et me mêler au supplice. Cette bille atroce coule le long de mon front et commence à ronger mes paupières. Avant de perdre connaissance, je comprends avec horreur que toutes les parties molles de mon corps sont en train d'être reprises lentement par la nature. La maison sans bruit est montée d'un cran. Plus personne ne me trouvera couché dans le lit au matin.
La cuisine est au sous sol, je descends. Je ne sais pas quelle heure il peut bien être exactement, peut être trois heure...ou quatre. Il fait sombre dans la maison, les fenêtres ouvertes ne laissent plus échapper le bruit de la musique et du dîner des voisins. Je me sens pâteux, presque malade. Le lit grattait partout mon corps et des cauchemars saccadés en rafales putrides remplissaient de liquide les plis de mon oreiller lymphatique. Un bourdonnement lancinant semblait asphyxier mes oreilles et retenir les bruissement de mon environnement dans une forme instable. Accablé d'un effort intense, je saisi la perche d'un instant de réalité pour me lever et atteindre avec faiblesse l'interrupteur de la chambre. Je dois être éveillé à présent bien qu'aucune indication sensorielle ne me l'assure. Je hume mon corps lourd, une odeur aigre de transpiration, la moiteur des murs sur mes mains en avant. Les escaliers crissent, il fait plus sombre encore. Je devine tout en bas le renfoncement qui mène à la cuisine. L'humidité se fait plus pénétrante. Un goût amer me rempli la gorge de salive. Est-ce la dernière marche? Je tâtonne. Sous mon pied je sens le carrelage froid et livide qui tranche avec la tiédeur de l'escalier en bois. J'ai l'impression qu'un temps immense s'est écoulé, tous les cauchemars ont repris place en mon esprit épuisé comme si je ne m'en étais jamais extirpé. La réalité semble évanouie. Plus profond que la conscience, rien d'un monde connu ne subsiste. Je pose le second pied sur le carrelage où ricoche la lune en linceul échouée par le puits de verre. Là, à quelques centimètres, se fige dans sa course folle vers la cave une immense araignée marron velours. Son corps est dense et cartilagineux. On peut distinguer un motif en forme de jarre sur son dos puissant. Ses pattes sont si épaisses qu'on les croirait presque animées par un squelette osseux. Je me stoppe pétrifié. Mes pieds nus ressentent le contact avec la bête. Je ne peux l'écraser en nature. Nos deux présences se télescopent dans cette pièce fraiche et trouble comme l'eau d'un étang. La forme cramponnées ne fait plus un mouvement. Elle enserre son existence tout entière en de puissants crochets. Je n'ose plus avancer. Un frisson, de dégoût vient me parcourir la colonne et se fige dans ma nuque. Elle peut prendre le dessus, elle le sait. La contourner devient un acte suicidaire. Tous les carreaux blancs sont infectés par sa présence malsaine. Le chemin vers le réfrigérateur est piégé. Je comprends en un instant qu'à ce moment de la nuit et du temps la pièce ne m'appartient plus. Elle est le théâtre de combats immondes entre rampants et volants, insectes sadiques et larves informes. Les étages de l'univers humains sont loin. La lymphe de mon oreiller a coulé par les fissures jusqu'au sous sol et vient m'emprisonner à nouveau les tempes. La bête est toujours là. Elle m'observe en mille facettes plus intensément que mes facultés ne le peuvent. Elle se délecte déjà de la faiblesse de mes pieds nus dont le souffle et les vibrations charnelles excitent sa soif de morsure. Dans un élan de folie ou de désespoir je me jette à l'abri d'un torchon posé sur une chaise comme une cachette dérisoire pour mes sens. Un mouvement de patte et elle peut faire exploser mon esprit. J'atteins haletant le frigo et l'ouvre en suppliant la lumière de m'éveiller. Je saisi une bouteille, prend une petite gorgée de thé glacé, qui s'évapore sou mon palais. Je reprends en suffoquant à moitié ma respiration, puis je souffle et inspire profondément de nouveau. Je jette un coup d'œil autour de moi. Une limace longue glisse par bulles obscènes sur le mur blanc au dessus de l'évier.
Lorsque je me retourne la grosse tâche sombre est partie. La voie est libre, mais il est trop tard. Une mousse vert de gris s'est développée au bord de mes lèvres et mes orteils se sont enracinés en jeunes pousses dans le carrelage submergé par une terre meuble. En tentant de retirer ma main, j'observe avec effroi qu'un champignon du frigo a digéré une petite tranche de jambon qui restait là pour établir son nid le long de mon bras. La bête se tient cabrée sur mon épaule et siffle calmement sa présence au creux de mon oreille. Elle fixe une grosse mouche tente de s'extirper des mes cheveux blanchis. D'un coup sec elle se jette sur sa proie et la saisi entre ses mandibules lui enfonçant en un instant son dard puissant comme un pieux dans la chair. Les deux insectes ne font plus qu'un dans une danse morbide et nerveuse. Les sucs expulsés par la bête gonflent le corps de la mouche et débordent de la scène comme pour m'y inviter et me mêler au supplice. Cette bille atroce coule le long de mon front et commence à ronger mes paupières. Avant de perdre connaissance, je comprends avec horreur que toutes les parties molles de mon corps sont en train d'être reprises lentement par la nature. La maison sans bruit est montée d'un cran. Plus personne ne me trouvera couché dans le lit au matin.